Les résidus de produits phytosanitaires dans les eaux souterraines préoccupent la Suisse depuis des années, et désormais aussi la branche des eaux minérales: des tests ont trouvé des traces dans quelques eaux minérales, et en Suisse romande, selon les médias, un embouteilleur a écarté certaines sources parce que leur eau contenait des résidus de produits phytosanitaires. Cet article explique d’où viennent ces substances, pourquoi certaines sources sont touchées et d’autres non — et pourquoi une chose compte avant tout: l’endroit où l’eau s’infiltre.
L’essentiel
- Les pesticides présents dans les eaux souterraines proviennent surtout de l’agriculture: les produits phytosanitaires et leurs produits de dégradation persistants s’infiltrent en profondeur depuis les champs, les vignes et les vergers.
- Les sources d’eau minérale peuvent elles aussi être touchées lorsque leur bassin d’alimentation se situe dans une région de grandes cultures. Pour l’eau minérale naturelle, il n’est pas permis d’éliminer des résidus par filtration.
- L’eau de Piz Sardona s’infiltre à plus de 2’000 m d’altitude, dans une zone sans champs ni cultures spéciales. Selon la Mineralquellen Mels AG, aucun pesticide n’est détectable, conformément à l’exigence posée à toute eau minérale naturelle.
Ce que l’on entend par pesticides
«Pesticides» est le terme générique qui désigne les produits phytosanitaires et les produits biocides. Dans l’agriculture, il s’agit des produits phytosanitaires: herbicides contre les mauvaises herbes, fongicides contre les champignons, insecticides contre les insectes. En Suisse, environ 2’100 tonnes de substances actives ont été vendues en moyenne chaque année entre 2010 et 2020, dont près de la moitié de fongicides. Sur les quantités qui peuvent être attribuées à une culture, 44 pour cent reviennent aux grandes cultures, 21 pour cent à la vigne et 17 pour cent à l’arboriculture fruitière (Agroscope).
Dans le sol, les substances actives se dégradent. Il en résulte des produits de dégradation, appelés métabolites. Certains sont plus persistants et plus mobiles que la substance active elle-même, et ce sont eux que l’on trouve aujourd’hui le plus souvent dans les eaux souterraines. Les substances actives dépassent la valeur de 0,1 microgramme par litre dans 1 à 2 pour cent des stations de mesure de l’Observation nationale des eaux souterraines NAQUA, les produits de dégradation dans près d’une station sur trois, et sur le Plateau dans environ 50 pour cent des stations (OFEV).
Il ne faut pas confondre les pesticides avec les engrais. Ceux-ci apportent des éléments nutritifs aux champs, surtout de l’azote, à partir duquel du nitrate se forme dans le sol. Le nitrate n’est pas un pesticide, mais il est lui aussi une conséquence de l’agriculture intensive: à l’échelle du pays, il dépasse l’exigence chiffrée de 25 milligrammes par litre dans environ une station de mesure NAQUA sur sept, et dans environ la moitié des stations situées dans des régions de grandes cultures et de cultures maraîchères (OFEV).
Du champ à la nappe phréatique
Dans le champ
- Produits phytosanitaires contre les champignons, les mauvaises herbes et les insectes
- Engrais pour la croissance des plantes
Dans le sol
- Les substances actives se décomposent en produits de dégradation, les métabolites
- L’azote des engrais se transforme en nitrate
Dans la nappe
- Les métabolites persistants et le nitrate s’infiltrent avec la pluie
- Ils peuvent y rester des années, voire des décennies
Une interdiction arrête les nouveaux apports, pas ce qui se trouve déjà dans le sous-sol.
Comment ces substances atteignent les eaux souterraines
La pluie entraîne les substances actives et leurs produits de dégradation à travers le sol, vers les couches profondes. La quantité qui y parvient dépend de la substance, du sol et du sous-sol. L’exemple le plus connu de ces dernières années est le chlorothalonil, un fongicide utilisé depuis les années 1970, notamment dans la culture des céréales, des pommes de terre et des légumes ainsi qu’en viticulture. En décembre 2019, la Confédération lui a retiré son autorisation avec effet immédiat; depuis le 1er janvier 2020, il ne peut plus être utilisé (Eawag).
Ses produits de dégradation, eux, sont restés. Le plus fréquent d’entre eux dépassait en 2025 la valeur de 0,1 microgramme par litre dans près d’une station de mesure NAQUA sur quatre, et sur le Plateau dans environ 40 pour cent des stations (OFEV). Dans les régions de grandes cultures, les produits de dégradation du chlorothalonil dépassent cette valeur dans environ 65 pour cent des stations de mesure (OFEV). Les concentrations diminuent désormais: entre 2020 et 2025, la part des stations de mesure où des produits de dégradation du chlorothalonil dépassaient 0,1 microgramme par litre est passée de 33 à 23 pour cent (OFEV). La baisse est lente, car les eaux souterraines ne se renouvellent qu’au fil des années. L’herbicide atrazine est interdit depuis plus de dix ans, et ses produits de dégradation sont aujourd’hui encore détectables. Ce que cela signifie pour l’eau du robinet, l’article Pesticides dans l’eau potable l’explique.
Pourquoi l’eau minérale peut, elle aussi, être touchée
L’eau minérale naturelle provient de gisements souterrains alimentés par les précipitations. La loi exige une pureté originelle, et l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) précise que les substances anthropiques, c’est-à-dire d’origine humaine, comme les pesticides et leurs produits de dégradation, ne doivent pas du tout s’y trouver (OSAV). Il n’existe pas de valeur maximale légale pour ces substances; une valeur indicative de 0,1 microgramme par litre pour la somme de tous les pesticides quantifiés et de leurs produits de dégradation pertinents sert d’indice de pureté. Or les précipitations s’infiltrent là où elles tombent. Si le bassin d’alimentation d’une source se trouve dans une région de grandes cultures, ces substances peuvent aussi atteindre un gisement d’eau minérale.
Des tests montrent que cela arrive, même si c’est rare et en faibles quantités. Lors d’un test de la Radio Télévision Suisse (RTS) portant sur dix eaux minérales, deux laboratoires ont trouvé en 2024 des substances indésirables dans quatre produits, et dans l’un d’eux des produits de dégradation des pesticides chlorothalonil et chloridazone (RTS, Kassensturz). Dans le cadre d’une campagne publiée en 2023, l’Office de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires du canton de Bâle-Campagne a trouvé des traces de substances anthropiques dans 2 des 35 échantillons d’eau minérale suisses et étrangers analysés, dont un produit de dégradation de pesticide (Canton de Bâle-Campagne). Dans un test du magazine K-Tipp réalisé en 2022, le laboratoire n’a trouvé de pesticides dans aucune des douze eaux minérales suisses examinées (K-Tipp).
Un cas en Suisse romande montre ce qu’il en est lorsque des sources sont contaminées. Un grand embouteilleur avait filtré son eau minérale naturelle sur charbon actif de 2008 à 2022, ce qui n’est pas autorisé. En 2025, le Ministère public vaudois a astreint l’entreprise au paiement d’une créance compensatrice; selon le Ministère public, l’eau ne présentait de danger ni avant ni après la filtration, et l’entreprise a accepté la décision (Le Temps, Canton de Vaud). Depuis le démontage des filtres fin 2022, la production est conforme au droit selon le Conseil d’État vaudois (Canton de Vaud). D’après un rapport du chimiste cantonal vaudois de mars 2023, dont la RTS et la SRF ont fait état en 2026, certaines sources ont depuis été écartées et l’eau des autres mélangée; les médias citent comme raison principale des résidus de chlorothalonil (RTS, SRF). L’article L’eau minérale peut-elle être filtrée? explique quels filtres sont autorisés pour l’eau minérale naturelle et pourquoi il n’est pas permis d’en éliminer des résidus par filtration.
Le bassin d’alimentation est déterminant
Pour chaque source, ce qui compte, c’est ce qui se passe en amont: où les précipitations s’infiltrent et ce que reçoit le sol à cet endroit. L’Eawag, l’institut de recherche sur l’eau du domaine des EPF, le résume ainsi pour le chlorothalonil: des dépassements sont surtout à prévoir dans les eaux souterraines dont le bassin d’alimentation est exploité en grandes cultures. Les eaux souterraines dont le bassin d’alimentation est situé plus en altitude, sans grandes cultures, ne sont probablement pas contaminées, ou seulement faiblement (Eawag).
Les mesures dressent le même tableau. Lors de l’évaluation des données de 2014, des résidus de produits phytosanitaires ont été trouvés dans presque toutes les stations de mesure NAQUA dont le bassin d’alimentation est marqué par les grandes cultures. Dans les stations des Alpes et des Préalpes, dont les environs se composent de pâturages d’estivage et de terrains improductifs, on n’en a en revanche trouvé presque aucun (OFEV, rapport NAQUA 2019). En Suisse, les grandes cultures elles-mêmes sont concentrées à basse altitude: en 2024, 95 pour cent des terres ouvertes se trouvaient dans la zone de plaine et la zone des collines; dans la zone de montagne la plus élevée, elles couvraient 63 hectares (Agristat).
Ce qui se passe en amont d’une source
Bassin d’alimentation avec grandes cultures
- Champs, légumes, vergers ou vignes
- Produits phytosanitaires et engrais épandus sur les surfaces
- Les métabolites et le nitrate peuvent s’infiltrer dans la nappe avec la pluie
Zone d’infiltration en haute montagne
- Roche, éboulis et alpages
- Ni champs, ni cultures maraîchères ou fruitières, ni vignes
- L’eau s’infiltre en profondeur à travers les couches rocheuses
Ce qui est épandu dans le bassin d’alimentation détermine en partie ce qui peut atteindre la nappe. C’est l’analyse qui le montre en fin de compte.
Une longue durée de séjour dans le sous-sol ne protège pas à elle seule. L’eau captée aujourd’hui s’est infiltrée il y a des années et porte les traces de l’utilisation du sol de l’époque. Si le bassin d’alimentation était autrefois exploité en grandes cultures, une nappe peut encore contenir des résidus des années après une interdiction. Les captages d’eaux souterraines d’intérêt public doivent être entourés de zones de protection des eaux souterraines. Pour les captages contaminés, les cantons doivent en outre délimiter l’aire d’alimentation Zu, d’où provient environ 90 pour cent de l’eau, et peuvent y restreindre l’utilisation de produits phytosanitaires et d’engrais (OFEV).
Ce que dit un résultat de laboratoire
Si une eau contient des résidus, c’est en fin de compte l’analyse qui le montre. «Non détectable» signifie ici: les substances recherchées se situaient sous la limite de détection du procédé. Un résultat devient parlant lorsque l’on sait quel laboratoire a mesuré et quand, quelles substances actives et quels produits de dégradation ont été recherchés et à quel niveau se situait la limite de détection. Une analyse peut montrer que rien n’est détectable; elle ne peut pas prouver qu’une substance n’est présente en aucune quantité. Plus de détails dans l’article sur les PFAS dans l’eau.
Ce qu’il en est pour Piz Sardona

L’eau de Piz Sardona s’infiltre à plus de 2’000 m d’altitude dans les Alpes de Sardona, près du Haut lieu tectonique suisse Sardona, patrimoine mondial de l’UNESCO. Dans la zone d’infiltration, il n’y a ni champs, ni cultures maraîchères ou fruitières, ni vignes, donc aucune des surfaces sur lesquelles est épandue, en Suisse, la majeure partie des produits phytosanitaires. L’eau chemine ensuite environ douze ans à travers les couches de roche avant d’être captée à la source Castels, à Mels. La page Origine montre tout le trajet.
Selon la Mineralquellen Mels AG, aucun pesticide n’est détectable dans l’eau de Piz Sardona; sur le laboratoire, la date, l’étendue des analyses et la limite de détection, aucune donnée publique n’est disponible. Pour une eau minérale naturelle, ce n’est pas une particularité, mais l’exigence posée à toute la catégorie: les substances anthropiques ne doivent pas du tout s’y trouver. Ce que Piz Sardona apporte à cet égard, c’est son origine: une zone d’infiltration en haute montagne, sans champs ni cultures spéciales. La Mineralquellen Mels AG a fait analyser son eau par le laboratoire indépendant SGS Institut Fresenius, en Allemagne, pour y rechercher des PFAS, et aucune trace n’a pu être détectée. La page notre eau présente l’analyse minérale de la source Castels et le résultat concernant les PFAS.
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Questions fréquentes
L’eau minérale contient-elle des pesticides?
En règle générale, pas en quantité mesurable, mais pas dans tous les cas. Des tests ont trouvé dans certaines eaux minérales des traces de pesticides ou de leurs produits de dégradation, le plus souvent en très faibles quantités. Selon l’OSAV, de telles substances ne doivent pas du tout se trouver dans l’eau minérale naturelle, et elles ne doivent pas non plus en être éliminées par filtration. C’est pourquoi le bassin d’alimentation est déterminant: s’il se situe dans une région de grandes cultures, même une nappe protégée peut être contaminée.
D’où viennent les pesticides présents dans les eaux souterraines?
Surtout de l’agriculture. Les produits phytosanitaires sont épandus dans les champs, les vignes et les vergers; dans le sol, ils se décomposent en produits de dégradation qui peuvent s’infiltrer dans les eaux souterraines avec la pluie. Le Plateau, avec ses régions de grandes cultures, est le plus touché. Les engrais sont une autre source: ils donnent naissance au nitrate, qui est lui aussi mesuré dans les eaux souterraines, mais n’est pas un pesticide.
Des pesticides sont-ils détectables dans Piz Sardona?
Selon la Mineralquellen Mels AG, non: aucun pesticide n’est détectable dans l’eau de Piz Sardona. Cela correspond à l’exigence posée à toute eau minérale naturelle; ce qui distingue Piz Sardona, c’est son origine. L’eau s’infiltre à plus de 2’000 m d’altitude dans les Alpes de Sardona, dans une zone sans champs, sans cultures maraîchères et fruitières et sans vignes, puis chemine environ douze ans à travers les couches de roche avant d’être captée à la source Castels, à Mels.
Existe-t-il une eau minérale «sans pesticides»?
Un laboratoire peut montrer que les substances recherchées se situaient sous la limite de détection, c’est-à-dire qu’elles ne sont pas détectables. Aucune analyse n’apporte la preuve d’une absence totale; c’est pourquoi «non détectable» est l’énoncé le plus précis. Pour l’eau minérale naturelle, la loi exige une pureté originelle. La meilleure condition pour y parvenir est un bassin d’alimentation sans grandes cultures ni cultures spéciales.
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